Chaussures professionnelles : ce que la loi impose vraiment à votre employeur

Chaque année, plus de 100 000 chutes de plain-pied sont recensées dans le régime général, ce qui en fait la deuxième cause d’accident du travail en France. Pourtant, le choix de la bonne chaussure reste souvent traité à la légère, aussi bien par les employeurs que par les salariés. Cuisine, chantier, hôpital : les exigences sont radicalement différentes selon le poste, et des obligations légales précises encadrent ce choix.

Ce que dit le Code du travail : l’employeur paie, pas le salarié

Dès lors qu’un risque est identifié au poste, les chaussures professionnelles relèvent des Équipements de Protection Individuelle (EPI). À ce titre, l’employeur est légalement tenu de les fournir, de les entretenir et de les renouveler. Aucun coût ne peut être mis à la charge du salarié. Les articles L. 4321-1 et R. 4323-91 à R. 4323-106 du Code du travail sont clairs sur ce point. Avant toute acquisition, l’employeur doit avoir formalisé les risques dans son Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER). Un point important à retenir : si la chaussure est imposée uniquement pour des raisons d’image ou d’hygiène, sans risque identifié, elle peut ne pas relever des EPI et sa prise en charge peut être discutée.

Normes et marquages : lire l’étiquette ne s’improvise pas

Deux normes coexistent en France. La EN ISO 20345 concerne les chaussures de sécurité avec coque de protection résistant à 200 joules, obligatoire dès qu’il existe un risque d’écrasement ou de perforation. La EN ISO 20347 couvre les chaussures de travail sans coque, adaptées aux milieux hospitaliers ou à la restauration légère.

Depuis janvier 2022, la norme EN ISO 20345 a été révisée en profondeur. Deux nouvelles catégories ont été introduites : S6 (matériaux résistants à l’eau, chaussure entière étanche) et S7 (même chose, avec semelle anti-perforation). Ces marquages répondent à une demande croissante pour les métiers exposés à l’humidité, de la cuisine collective au chantier en extérieur. Côté antidérapant, les tests portent désormais sur le talon et l’avant-pied, réduisant concrètement le risque de chute frontale.

Secteur par secteur : des critères très différents

En cuisine, les sols rendus glissants par les projections d’huile ou d’eau constituent le risque principal. Un sabot en polymère (EVA, PVC) avec marquage SRC, lavable et léger, correspond à l’usage courant. En cuisine industrielle, une EN ISO 20345 S2 ou S3 peut être préférable.

Sur un chantier BTP, la norme S3 SRC reste le standard : embout à 200 joules, semelle anti-perforation, crampons, tige montante pour maintenir la cheville. La coque composite gagne du terrain face à l’acier, notamment pour sa légèreté.

À l’hôpital, la problématique est différente : des gardes de dix à douze heures sur sols durs, des kilometres parcourus chaque jour, et un impératif de silence lors des rondes nocturnes. Un sabot EN ISO 20347 SRC, lisse, sans lacets et désinfectable, reste la référence. Le confort et le soutien de la voûte plantaire ne sont pas des options, ils conditionnent directement la santé à long terme des soignants.

Quel que soit le secteur, ignorer ces critères n’est pas seulement une question de confort : c’est un risque réel pour la santé des travailleurs, et une responsabilité légale pour l’employeur.

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